La vague de froid qui balaie la France fait les gros titres de la presse. Elle fait aussi la joie des enfants et quelques pare-chocs froissés. Finalement quoi de plus normal que de la neige et un peu d’air froid en janvier! Pour ma part, j’adore ces belles journées d’hiver, froides et ensoleillées.
Imaginons maintenant que cette vague de froid ne dure pas une semaine mais 4 à 5 mois, chaque année, avec des températures moyennes de l’ordre de -5 à -10°C et des pics vers -30°C. Là ça devient moins drole et notre Loiret prend des allures de grand nord Canadien.
Et bien pourquoi pas?
Car justement le “grand nord Canadien” n’est pas tant au nord que ça
Comparons Orléans et Montréal :
- Orléans, à environ 48° de latitude Nord et 100 m d’altitude, à le climat que nous lui connaissons.
- Montréal, à environ 45,5° de latitude Nord (soit celle de l’embouchure de la Gironde) et environ 50 m d’altitude (30 m pour l’aéroport), connait 4 à 5 mois d’enneigement et des températures moyennes de -9°C en janvier, avec des pics autour de -30 à -35°C.
Voici un paradoxe climatique qui nous favorise largement puisque nous disposons d’un climat très clément à des latitudes plus élevées que la plupart des grandes villes de l’Est Canadien. La raison en est, bien sur, l’influence du Gulf Stream, courant océanique qui transporte jusqu’à nos côtes des calories des eaux chaudes du large de la Floride.
Ce courant océanique peut il s’arreter? La réponse à cette question est oui, sans aucun doute. Le Gulf Stream s’est déjà arrété à la fin de la dernière période glaciaire (Würm, il y a environ 12 000 ans), en raison d’un apport important d’eau douce, du à la fonte de l’inlandsis du bouclier Canadien, qui a suffisament perturbé cette circulation océanique pour la stopper. Le résultat fut un petit âge glaciaire sur l’Ouest de l’Europe qui dura plusieurs siècles.
L’actuelle fonte des glaces du Groenland génère un apport deau douce comparable dans l’Atlantique nord. Depuis plusieurs années, les scientifiques ont mesuré un ralentissement significatif de la circulation océanique. Il estiment que cette circulation pourrait s’interrompre de manière assez rapide, sur une durée de l’ordre d’une dizaine d’années pour les plus pessimistes.
Imaginons maintenant l’impact d’un changement climatique aussi spectaculaire sur l’Ouest de l’Europe, en termes de production agricole, d’habitat et d’infrastructures, de réseaux de transport et de distribution … inutile de faire un dessin quand on voit déja l’affaire que représentent 5 cm de neige sur l’Ile-de-France!
Aussi, sans sombrer dans le catastrophisme, gardons à l’esprit que le climat particulièrement clément que nous connaissons n’est pas immuable. La course effrénée de nos sociétés occidentales à la consommation, à l’épuisement des ressources et à la dégradation de notre environnement pourrait le remettre sérieusement en cause. Il n’est pas absurde d’imaginer que, dans un avenir pas si lointain, la météo que nous considérons aujourd’hui comme une violente vague de froid soit interprétée comme un redoux spectaculaire.
Alors une fois de plus, restons humble et gardons à l’esprit que chacune de nos actions a un impact sur le long terme!

Montréal (Canada) sous la neige
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