
Bernard Madoff était depuis des décennies un génie de la finance. Ex-président du Nasdaq, ami des plus grandes fortunes américaines, il était l’archétype du golden boy de Wall Street.
Son fond d’investissement, Madoff Investment Securities, connaissait un succès spectaculaire, avec des rendements, de l’ordre de 7 à 11%, d’une régularité stupéfiante.
Une belle success story à l’américaine …
… jusqu’à ce que tout s’écroule le week-end dernier!
Et derrière le décor glamour du fond d’investissement aux performances exemplaires, derrière le sourire bonhomme de son dirigeant, c’est le plus gros scandale financier du XXIème siècle que toute la finance mondiale découvre, médusée : une escroquerie pyramidale ou les derniers investissements financent les plus-values des précédents. Un système qui a fonctionné à merveille pendant des années jusqu’à ce que la crise pousse un grand nombre d’investisseurs à dégager leurs avoirs, provoquant l’éffondrement du système.
Le nombre des grands noms de la finance internationale exposés est spectaculaire. Même si elles sont difficiles à chiffrer, les pertes potentielles estimées sont énormes, y compris en Europe : 2.3 Milliards d’Euros pour l’Espagnol Santander, Près d’un Milliard pour HSBC comme pour Fortis, 460 Millions pour la Royal Bank of Scotland, 450 Millions pour Natixis, 350 Millions pour BNP Paribas pour n’en citer que quelques uns (source : Le Monde). Les grands groupes financiers ne sont pas les seuls touchés : des universités, des fondations caritatives, ainsi qu’un grand nombre de particuliers ont placé leur patrimoine dans Madoff Investment Securities. La Fraude, que Bernard Madoff a avoué au FBI, atteindrait un montant de 50 Milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB du Luxembourg.
Ce scandale, difficilement imaginable sur de tels montants et sur une telle durée, soulève quelques questions :
- Que des investisseurs particuliers se fassent berner peut se comprendre, mais comment expliquer que des grands groupes financiers investissent des Milliards sur des produits qu’ils ne maitrisent pas?
- Comment expliquer que les produits financiers de Madoff Investment Securities n’aient été audités que par un minuscule cabinet pendant des années?
- Comment expliquer que les autorités de régulation et de contrôle des marchés financiers, et notamment le SEC (équivalent américain de notre AMF) qui a enquété sur Madoff Investment Securities en 1992, 2001, 2005 et 2007, n’aient put mettre à jour la fraude pyramidale?
La réponse à ces questions tient, je pense, dans un fait très simple : quand un produit financier rapporte 10% par an avec une régularité exemplaire, on ne cherche pas à en savoir plus.
La forte volatilité qui agite les marchés en ces périodes de crise montre à quel point ils sont gouvernés par la peur. Le scandale Madoff montre à quel point ils sont gouvernés aussi par la cupidité.
La moralisation de la finance mondiale est un noble objectif … mais l’actualité ne cesse de nous montrer à quel point la tâche sera difficile!
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