Nouveau sport national : la séquestration de patron

18 04 2009

La crise financière puis économique est responsable, parmi tant d’autres conséquences, de la débacle sociale dont les médias nous rapportent chaque jour de nouveaux épisodes et que les salariés subissent de plein fouet. Plans sociaux et fermetures d’usines s’enchaînent sans que rien n’annonce le bout du tunnel (et l’annonce de Mme Lagarde que “2010 sera l’année de la reprise” ne me rassure en rien, tant elle nous à démontré sa haute maitrise de la langue de bois et de la contre-vérité).

Dans ce contexte d’incertitude, et même d’inquiétude, économique et sociale, il est tentant de chercher des responsables, au risque d’en faire des bouc-emissaires. Ce furent les traders et autres têtes brulées de la finance en 2008. Ce sont les patrons aujourd’hui. Et là, plus que pour les financiers, il y a un truc qui me gène : gardons nous de diaboliser les patrons!

Mes convictions personnelles me pousseraient plus vers les “petites gens laborieuses” que vers les “grands patrons”. Je comprends la detresse des salariés rattrapés par la crise et le chômage. Mais les patrons ne sont pas responsables de la crise : ils la subissent pour la très grande majorité d’entre eux. Peut-être peut-on leur reprocher un manque d’anticipation, mais qui, honnêtement, avait anticipé l’ampleur de la crise?

Je ne doute pas que certains chefs d’entreprise cyniques et sans scrupules ne profitent du contexte pour se dédouaner à bon compte. Mais, il reste tous les autres, entrepreneurs passionnés, qui ont oeuvré dur pendant des années pour développer une entreprise qu’ils voient aujourd’hui au bord du gouffre. Pour nombre de ceux-là, le licenciement est un chemin de croix dont ils se seraient volontier passé.

Et, au-delà, sequestrer un patron qui annonce un plan social (fut-il ou non justifié) n’est en rien une pratique acceptable : sans remettre en doute le désaroi des salariés touchés, qui est réel et légitime, c’est transformer le “dialogue sociale” en “racket sociale” ou l’on use de force et d’intimidation pour obtenir quelques miettes d’indemnités supplémentaires.

Je ne blame pas les salariés s’adonnant à cette pratique, qui a malheureusement tendance à devenir courante, car leur detresse est réelle. J’y vois plutôt une dérive malsaine de notre société, qui doit gérer elle-même les conséquences d’une crise économique à laquelle notre gouvernement est incapable de faire face, par manque de réactivité, de marge de manoeuvre, de réponses adaptées, … Je ne reviendrai pas sur notre pathétique plan de relance, qui en dit long sur l’incapacité de nos dirigeants.

… y a-t-il un pilote dans l’avion?


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8 réponses

18 04 2009
polikarpov

Je les comprends aussi. Ils n’ont rien d’autre.
Moi non plus je ne sais pas ce qu’il faut faire pour que nos gouvernants et nos têtes de gondole entendent.
Voir ce que j’ai écrit dans un style totalment libre sur “le blog du 3 décembre”.
http://polikarpov.over-blog.com/article-30354035.html

18 04 2009
Miguel

Le racket social, c’est aussi quand le directeur vire ses employés alors que c’est lui qui devrait être viré pour mauvaise gestion. Il y a une sorte d’impunité établie depuis 20 ans pour une certaine caste. Aujourd’hui, que les gens se rebellent, ça ne me choque pas.

18 04 2009
Circé

Il me semble, à moins que vous ne me donniez de contre-exemple que tous ceux qui ont été sequestrés à l’heure actuelle, ne sont pas de petits patrons mais des patrons ou représentants de grandes firmes, ayant fait de gros bénéfices en 2008 et sabordant aujourd’hui l’outil de travail de milliers, de millions de femmes et d’hommes qui n’ont que leur travail comme “richesse”, pour préserver bénéfices et dividendes des actionnaires qui continuent toujours à demander autant.

Alors comment ne pas être révoltés par exemple lorsqu’ayant fait des efforts conséquents en travaillant 40 h sans être payés plus pour soi-disant garantir la pérennité de l’emploi et celle de l’entreprise, du jour au lendemain les employés sont jetés comme de simples kleenex ?
Est-ce que ce n’est pas cela la vraie violence ?

Voila des années que l’on dit aux employés d’où qu’ils soient, qu’ils doivent se la fermer, ne rien revendiquer, voir leur salaire ne jamais être réévalué au niveau du coût de la vie, leurs acquis sociaux fondre comme neige au soleil, être taxer, racketter, pressurer de toutes parts et voir qu’en même temps de l’argent est donné aux plus nantis ( paquet fiscal), que lorsque le système s’effondre il y en a encore pour ceux qui ont engendré cette bête monstrueuse dont on ne verra pas la fin avant des lustres ?

Trop facile comme réaction.
Je ne condamnerai pas ces employés, je les comprends profondément parce que voyez-vous lorsque la fin du mois arrive, que je vois que je ne vais pas pouvoir la boucler correctement, je sens la colère m’envahir, parce que je n’ai pas de voiture, ne prend pas de vacances, ne me sens pas malheureuse pour autant, tant que je peux nourrir ma famille.
Et là, cela devient catastrophique !

Pendant des années on a fustigé les fonctionnaires de La Poste, EDF, France Télécom, l’Hôpital…
Puis cela été les salariés qui devaient abandonner ce pourquoi leurs parents et grand-parents se sont battus ( Sécu, caf, retraites par répartition…).
Aujourd’hui, on en est presque à l’électroencéphalogramme plat en ce qui concerne les décisions qui devraient être prises pour le bien du plus grand monde.
Cela devrait être des mesures de bien et salut public.
Et je sais combien ces mots peuvent être connotées, mais nous sommes tant à n’en plus pouvoir !

Ceux qui devraient abandonner quelque chose ici, ce sont les véritables possédants qui arrivent encore à ne pas payer d’impôt ou si peu au regard de ce qu’ils ont et qui s’en mettent encore plein les poches.

Au lieu de cela, ce sont les banques qui sont renflouées sans aucun contrôle, et sans qu’elles jouent le jeu.
Les collectivités territoriales sont en train de crever de ne pouvoir obtenir des crédits, mais tant pis.
Pourtant n’est-ce pas elles avant tout qui emploient nombre de petites et moyennes entreprises ?
La population n’en peut plus.
Le climat va devenir quasi insurrectionnel si cela continue, mais la-haut l’autisme demeure et on s’affiche au Mexique dans de luxueuse villa avec plus de 40 000 euros de dépenses en moins d’une semaine, des déplacements incessants en province pour parler pour ne rien dire, CRS, garde-mobiles et tutti quanti avec des factures faramineuses à la clé à chaque fois qu’il se déplace et c’est encore nous qui payons.
En voilà assez !
Alors certes, tous les patrons ne sont des voyous, mais à force de dénigrer les ouvriers, les employés, les salariés, on en arrive à ces opérations de la dernière chance pour se faire entendre.

Et si Violence il y a, c’est bien violence, mais de ceux qui possèdent sur ceux qui n’ont rien et pas le contraire.

19 04 2009
Guillaume

Bien vu Circé : une entreprise qui fait des bénéfices mais licencie pour préserver ses marges et les dividendes de ses actionnaires, c’est une vraie violence, qui plus est doublée d’un grand cynisme et d’une absence totale d’éthique!

Je ne condamne pas non plus les employés qui séquestrent leur patron. Je pense que ce n’est pas la bonne solution. Alors quelle est la bonne solution? Là, franchement, je n’en sais rien! … Peut-etre gérer cette crise tout simplement?

Bien vu aussi Miguel, ces séquestrations à répétitions sont peut-etre l’expression d’une profonde exaspération : trop de patrons peu scrupuleux qui ont quité le navire en perdition les poches remplies de millions, trop de délocalisations pour gonfler un peu les marges, trop de plans économiques maquillés en social … forcément, il y a un jour un retour de balancier!

20 04 2009
lalignerouge

Ton article et les réactions sont intéressantes
Pour ma part j’aurais aimé un ton un peu plus militant et impertinent
A bon entendeur…
Bonne continuation
http://lalignerouge.wordpress.com/

21 04 2009
Stéphane

Encore un très bon article, Guillaume.
Les réactions des lecteurs apportent aussi des points de vue intéressants.
La méthode de séquestration des patrons (de grands groupes pour l’instant) est naturellement condamnable et ne conduit à rien, nous sommes d’accord là-dessus.
Et comme toi, et bien d’autres, je comprends pourtant le désespoir de ces gens dont on se débarrasse tout simplement, que cela soit justifié ou non (dans certains cas on a l’impression que la crise est un moyen de faire du ménage sans réelle contre-partie, histoire d’augmenter les gains ; mais méfions nous tout de même des raccourcis faciles car une entreprise qui ne s’adapte pas à cette foutue mondialisation à peu de chance de survivre avec les règles du jeu actuelles, que cela nous plaise ou non).
Ce qui m’inquiète tout de même, c’est la généralisation de la méthode qui démontre que les syndicats ne tiennent pas leurs troupes. Et cela est très dangereux car un embrasement soudain ne me parait pas impossible. Un de nos anciens Premiers-Ministres parlait récemment de risque révolutionnaire pour la France, aurait-il raison ?
Enfin, je note il n’existe hélas pas de solution toute prête à cette crise. Et je me demande quelle marge de manoeuvre ont réellement les gouvernements…

22 04 2009
Rives 45

Je partage le constat de fond mais pas la tentative d’excuse ou d’explication. Dans ces affaires, se pose une question de principe:

peut-on accepter dans une société démocratique la négation, même temporaire, d’un droit de l’homme (liberté de se déplacer) au nom d’une lutte sociale ?

Je suis désolé, mais un démocrate ne peut que répondre par la négative à cette question. C’est ce qui dans des temps récents a discrédité moralement l’administration Bush ; c’est ce qui dans des temps plus anciens a conduit à aux terreurs fascistes et communistes. Céder sur ce principe, c’est renoncer à ce qui fonde notre société.

J’ai choisi mon camp (comme je l’explique sur mon blog) et dans chaque micro conflit, c’est cette question de principe qui se joue.

25 04 2009
Yves CLEMENT

Il n’y a guère qu’en natation que Ch. Lagarde était synchronisée ! Pour l’économie …

Comme me disait il y a quelqures temps la sénatrice Jacqueline Gourault, si ces gens là sont ministres, on est nombreux au MODEM à pouvoir le devenir !

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